vendredi 19 octobre 2007

CGT/CFDT : petits règlements de compte entre amis

La vieille opposition Chérèque-Thibault s'exporte aussi dans les rues de Lille.

Jeudi 15 mai 2003, 18 heures 30. En pleine bataille contre la réforme Fillon sur les retraites, les syndicats se divisent, la CFDT décidant d'apporter son soutien au texte proposé par le ministre des Affaires sociales de l'époque. Blasphème! Le front syndical est rompu. François Chérèque apparaît dès lors comme un "traître". Il s'est rangé honteusement derrière l'UMP, "et donc derrière le patronat".
S'ensuivent de terribles désillusions pour le syndicat qui clame son "réformisme": les adhésions reculent. S'effondrent même. Pour le plus grand bonheur de la CGT qui reprend du poil de la bête et obtient des résultats probants lors des élections professionnelles qui suivent.

"On les entend moins"
Quatre ans après cet épisode qui marque une rupture dans l'histoire syndicale des trente dernières années, la guerre entre syndicats se poursuit. Jusque dans les cortèges. Comme en témoigne cette confidence glissée ce matin par Jeanine, encartée à la CGT depuis 1956 et emmitoufflée dans un anorak rouge de circonstance. Un large sourire jusqu'aux oreilles, la retraitée lance un : "Ah, on les entend moins à la CFDT. Je pense qu'ils doivent se sentir mal". Au nez et à la barbe d'un groupe ... de la CFDT. Et la Cégétiste de poursuivre sa distribution de tracts d'adhésion à des passants parfois médusés de voir autant de têtes grises dans une manif.
A Lille, encore plus qu'ailleurs, on ne perd pas le Nord.

Vidéo : McDonald's ne s'inquiète pas pour ses régimes spéciaux

Vous qui confondez encore le logo du Mc Donald's et celui du métro, il y avait un moyen de faire la différence hier : au fast-food, il y avait une queue raisonnable, sur les quais du métro, une attente interminable. Pas de grève chez Mc Donald's, où l'on ne se sent pas du tout menacé par l'offensive gouvernementale sur les régimes au hamburger. Julie nous livre son meilleur régime spécial : les salades et le Coca light.

A qui profite la grève ?

Hier, mobilisation générale. La France a battu le pavé (de 150 000 à 300 000 manifestants, selon la police ou les syndicats). Mais, dans la classe politique, qui va battre le fer pendant qu'il est chaud ? Car, c'est bien connu, dès qu'il y a mobilisation, il y a récupération (ou du moins tentative)...

  • Le Parti socialiste ? Il a soutenu les syndicats dans leur contestation et "se félicite de la réussite de la grève", dixit Benoît Hamon. Mais au-delà de cette "alliance" ponctuelle entre les "travailleurs" et le PS, peut-il y avoir une récupération durable d'électeurs ? Certes, le Premier secrétaire s'est positionné contre cette réforme, mais il avoue que "ce n'est pas le rôle d'un parti politique de dicter aux organisations syndicales ce qu'il faut faire". Le PS joue donc plutôt les "deuxième ligne". En mal de victoire électorale, le parti semble tenter de s'accrocher à toutes les contestations possibles. Bref, de jouer son rôle d'opposition systématique. La stratégie sera-t-elle payante ? Pas sûr, puisque la récupération des anti-CPE en 2005 n'a toujours pas porté ses fruits...

  • Les partis d'extrême-gauche ? Très mobilisés, la LCR ou Lutte ouvrière se sont engouffrés dans la lutte sociale. Olivier Besancenot était ravi hier de "ce premier avertissement réussi". Reste à voir ce qui peut se passer une fois que les manifestants quittent la rue. Quant au PCF, ses liens ont toujours été étroits avec la CGT, n'empêche que la concurrence est rude à la gauche du PS. Les vases communicants entre CGT et son "parti-frère" ne sont plus aussi évidents qu'avant...

  • Le MoDem ? Pour François Bayrou, "le problème ne se résoudra de toute façon pas par la seule suppression des régimes spéciaux". Un peu déconnecté de l'électorat depuis sa création (!), le parti centriste ne doit pas espérer grand chose de cette mobilisation... Une réforme, oui, mais pas comme ça. Sur ce point, il se place un peu sur la même ligne que le Parti socialiste. Mais si le PS n'est pas certain de gagner quelque chose dans cette situation, que dire du MoDem...

  • Le Front national ? Jean-Marie Le Pen s'est peu exprimé si ce n'est pour contester la mobilisation :"Toute grève engagée contre des décisions politiques est illicite. Une fois de plus, les syndicats de l'archéosocialisme paralysent le pays par une grève préventive et politique". Un discours qui peut séduire les légalistes-anti-grévistes-anti-gauchistes et qui pourrait attirer si le gouvernement venait à céder face à la pression de la rue. (Encore faudrait-il que la pression dure...)

  • L'UMP ? Et si, finalement, c'était le parti majoritaire qui avait remporté la partie ? Les anti-grévistes étaient encore nombreux cette année, énervés de ne pas pouvoir se déplacer normalement à cause des "manifestants professionnels"... Et si le pouvoir refuse de laisser la rue gouverner, il pourrait bien s'attirer des nouvelles sympathies (voire piocher, une fois de plus, dans la réserve de sympathisants frontistes).

Mais peut-être qu'en politique, la grève ne sert à rien, ni personne. Même si chaque parti tente sa chance.

"Si une grève ne gêne pas, elle ne sert à rien"

Ce matin, gare Lille Flandres, les ennuis de la veille continuent...
Avec un TGV et un TER sur trois en circulation, tout n'est pas rentré dans l'ordre.

Les files d'attente pour accéder aux guichets ou à l'accueil s'éternisent. Avec, au bout de la queue, une seule question: "Mon train part-il à l'heure?"

Une fois le billet en main, direction le panneau d'affichage des départs et des arrivées. Et là, suspense...


Il est 10h58, le train de 11h03 en direction de Rouen n'est toujours pas affiché. La situation est des plus confuses. Aux guichets, les passagers ont reçu la certitude que leur train partait à l'heure. Pourtant, les usagers les plus prudents qui ont composé le 3635 reçoivent l'information contraire : le Corail serait annulé.

Alors, devant ce panneau récalcitrant à porter la bonne nouvelle, Perrine et Julie attendent avec dépit...
Verra-t-on Rouen?


Roxane et Monique attendent, enveloppées dans un fol et mince espoir. Et puis, à 11h12, le train est annoncé quai 5.
Tout le monde se précipite sur le quai. Ils attendront encore un petit quart d'heure avant d'apercevoir le cheval de fer. La merveilleuse machine.
Rouen, nous voilà.

Protester : abstention ou abstinence ?

En ces temps de manifestation, votre homme exige un service minimum ? Refusez-lui un régime spécial et faites la grève du sexe, un bon moyen de mettre la pression comme dans la rue.

Refuser de passer à la casserole, c'est un sacré moyen d'obtenir ce que l'on veut. Des cadeaux, des bisous ou de la gentillesse. De façon plus sérieuse, c'est même une arme politique. Exemple à suivre ? En Colombie, pour que leurs hommes cessent de tuer, les femmes ont décidé de rester les jambes croisées.

Mais attention, comme dans la rue, il faut très bien doser sa grève. A trop faire la grève du sexe, on risque de lasser l'autre et finalement de se retrouver divorcé rapido. Cet homme a privé sa femme de rapports sexuels pendant onze ans. Résultat : il devra payer les frais de divorce ! non mais.

En conclusion, on dose savamment les restrictions. Un peu de temps en temps, mais point trop n'en faut. Si ça vous arrive de faire pression sur votre conjoint en refusant de vous prêter aux ébats conjugaux, témoignez donc à la télévision !

Grève : guerre des chiffres, encore

On connaît la guerre des chiffres entre police et syndicats pour le nombre de manifestants. Mais la guerre existe aussi pour comptabiliser le nombre de jours de grève. Pour faire passer les Français pour d'éternels fainéants, ou pour en faire d'infatigables travailleurs malgré les conflits sociaux, il suffit d'utiliser divers indicateurs.

Nous avons déjà prouvé pourquoi la France était le plus grand pays de grévistes en Europe. Laissez-nous maintenant vous prouver pourquoi l'inverse est aussi vrai.
En effet, si l'on rapporte les chiffres au nombre de travailleurs dans le pays, on constate que la France est bien moins gréviste qu'on ne le pense.

En compilant les données des études de Robert Lecou en 2003 et de Mark Carley en 2005 (voir sources), on constate que la France est en 10e position sur 25 (donc dans la moitié qui fait le plus grève).

Elle conserve malgré tout une conflictualité inférieure à la moyenne européenne (37 journées individuelles non-travaillées pour 1 000 salariés contre 43). Il faut rappeler cependant que cette période exclut l'année 95, lorsque les Français battaient fréquemment le pavé, surtout quand il faisait froid, au lieu de battre le fer quand il est chaud.

Classement des 25 pays de l'UE par conflictualité décroissante (1998-2004)


On peut aussi consulter une étude complète sur le 20e siècle, qui ne place jamais la France en première position quelle que soit la période.


Sources :
- Carley Mark, « Évolution de la situation en matière d’actions syndicales - 2000-2004 », site internet de l’OERI (Observatoire européen des relations industrielles), 2005

- Lecou Robert, député,
Rapport d’information sur le service minimum dans les services publics en Europe, Assemblée nationale, 4 décembre 2003 (pp. 58-63, notamment)
- Synthèse réalisée par Acrimed

Photo : Au Danemark, les grèves, on adore ça aussi

Vidéo : Chez Transpole, on ne grève pas

Ce matin, les zélés contrôleurs de Transpole étaient actifs à la station République. Hier était une journée comme une autre, pas seulement parce que les métros sont automatisés, mais aussi parce que le syndicalisme n'est pas très développé du côté des agents, conducteurs comme contrôleurs. En effet, ils sont employés par Keolis, une entreprise privée leader du transport public de voyageurs en France.

Affiliés au régime général, les chauffeurs de bus, qui travaillent dans les mêmes conditions de pénibilité que ceux de la RATP, ne bénéficient pas d'un régime spécial. Ils aimeraient bien, mais un conducteur de la ligne 6 nous explique pourquoi ils ne peuvent pas.

Audio : les meilleures chansons de la manif' (mise à jour)

Comme d'habitude, les manifestants s'en sont donné à coeur joie.

Les chanteurs ne s'en sont pas tant pris au ministre du travail Xavier Bertrand qu'au président et son premier ministre.
Avec son car-sono, mention spéciale à la CGT, qui n'a pas hésité à inviter la police à donner de la voix avec les syndicalistes à la fin de cet extrait sonore.

Et vendredi, tandis que les représentants syndicaux s'affairent à la mairie, un groupe de manifestants attend sur le parvis avant de se rendre à la préfecture. A quelques pas de la porte de Paris, la camionnette aux couleurs de la CGT diffuse une succession de chants délicieusement rétro. Il faut dire que le cortège est composé exclusivement de retraités. Spéciale dédicace à Mamadou.

Et pour voir les photos de la manifestation, c'est par ici.

Les retraités emboîtent le pas aux actifs sur les pavés lillois

Quelque 300 retraités ont manifesté ce matin dans les rues de Lille. Ils réclamaient une revalorisation des pensions, limitée à 1,1 % en 2008.

"Les bas salaires c'est la galère, les basses pensions c'est la misère, 1500 euros, le mini qu'il nous faut". L'avertissement est cinglant. Il émane de retraités en colère. Des retraités qui dénoncent des conditions de vie jugées "indécentes" où il est parfois "difficile de joindre les deux bouts".

Un modèle social en danger

Pour Alain Douany, responsable des retraités de l'Unsa du Nord-Pas-de-Calais, la politique du gouvernement est une politique de "détricotage du modèle social français". Cet ancien ingénieur de la SNCF à la retraite s'indigne de l'absence de mesures concrètes en faveur des petites pensions et s'inquiète des difficultés toujours plus grandes que rencontrent les retraités dans leur quotidien.

Ecouter l'analyse d'Alain Douany.

L'après-grève en direct sur le web (mise à jour)

  • Nul doute que le cheminot cégétiste est moins sexy que Cécilia Sarkozy. Le journaliste Serge Faubert reconnaît que l'annonce du divorce du couple présidentiel en pleine manifestation est un coup médiatique réussi.
  • Des usagers de la SNCF, mécontents de la grève d'hier dans les transports, ont parodié une chanson des Village People. L'animateur Jean-Marc Morandini a rajouté les images.
  • Dans sa chronique matinale sur RTL, Christian Menanteau revient sur les conséquences économiques de la grève contre la suppression des régimes spéciaux. Un mouvement social comme celui du 18 octobre n'aurait qu'un impact très modéré sur l'économie française. Il ne faudra donc pas s'en prendre aux grévistes si les chiffres de la croissance 2007 ne sont pas conformes aux promesses de Christine Lagarde.

10 (bonnes) raisons d'aimer la grève


Vous n'avez pas pu aller travailler hier à cause de la grève ? Vous avez pesté contre les manifestants qui ont perturbé votre sacro-saint rythme métro-boulot-dodo ?
Eh bien, la prochaine fois (car, oui, il y aura une prochaine fois), ne sombrez pas dans une attitude aigrie à l'égard des méchants gauchistes. Dites-vous que, finalement, être otage des grévistes peut avoir du bon...

- Faites la grasse matinée et profitez avec bonheur de votre lit jusqu'à 13h sans culpabiliser, ce qui est un vrai luxe en semaine. Et si vraiment vous n'arrivez pas à dormir aussi longtemps, ramassez un vieux livre qui traîne, un magazine rescapé de l'été...

- Faites ce que vous n'avez jamais le temps de faire le reste de la semaine en vous disant que vous serez tranquille ce week-end (appelez votre cousine, passez l'aspirateur, réglez vos factures...)

- Adoptez la posture "un esprit sain dans un corps sain" : une petite balade en plein air s'impose (d'accord, il faut faire abstraction de la pollution...). C'est bon pour la santé et pour le moral. Et si la marche vous ennuie, prenez un vélo (sauf si tous les Vélib, et autres Vélo'V sont pris d'assaut).

- Autre solution pour vous dépenser : mettez la musique à fond dans votre appartement et dansez dans votre salon. Au choix, Mika, Lorie ou les Village People (c'est la grève, vous pouvez tout vous permettre ! Et si vous déhancher sur YMCA vous rebute, n'hésitez pas à vous déguiser pour entrer dans votre personnage!)

- Prenez le temps de vous mitonner de bons petits plats. Diététiques ou pas.

- Prenez rendez-vous chez un(e) masseur(se). Idéal pour se détendre.


- Ou, si vous habitez loin de tout, optez pour la solution à domicile : plongez dans votre baignoire, allumez des bougies, bref, savourez...

- Profitez de ce moment bien à vous pour mieux vous connaître en faisant des tests de personnalité.

- Optez pour la solution marathon-séries (vous devez bien avoir quelques épisodes de retard, non?)

- Et si le coeur vous en dit, vous pouvez toujours aller manifester. SO-SO-SO-SO-LI-DA-RI-TEEEEE.
Comme quoi, une journée de grève ça peut être bon pour le moral.

Le billet reste obligatoire

La grève, on l'a bien compris, c'est gênant pour les usagers. Ce matin, à la gare Lille-Flandres, les TGV pour Paris partaient au compte-goutte. Souvent avec au moins trente minutes de retard. Attente devant le panneau des horaires. Attente devant les guichets. Attente au point-renseignements.


Dans ces conditions, on imagine mal un contrôleur à bord des trains.
La grève pourrait donc avoir un aspect positif : la gratuité.

Mais, non, pas la peine de rêver. Après une enquête très poussée auprès des agents de la SNCF, le couperet tombe.

Plus d'indulgence

Pas possible d'échapper aux contrôleurs, même par ces temps d'agitation sociale.
Seule possibilité de resquiller : prendre un billet moins cher à un horaire qui ne correspond pas au train que vous prenez. Et oui, ils sont quand même sympas à la SNCF. Pas d'open bar, mais un peu de tolérance.

Reportage vidéo : les parasites de la manif

A la manif du 18 octobre, il y avait les convaincus, et tous ceux qui n'avaient aucune bonne raison d'être là. Mais bon, le principal, c'est de participer.

Le 18 octobre, on manifeste pour défendre quoi ? Les régimes spéciaux des retraites, ça on l'avait bien compris. Mais il y a des petits malins qui en profitent pour réclamer autre chose. Après tout, certains ont un message à faire passer, comme ces deux profs qui luttent contre la diminution des postes dans l'Education nationale.



Et puis il y a aussi les anti-manifs, qui auraient pu rester chez eux, peinards. Mais non, c'est important de descendre dans la rue montrer qu'on n'est pas d'accord avec les autres qui sont descendus dans la rue (c'est clair?). Ici, on a Baptiste, étudiant à la catho, et visiblement, ça le peine, la défense des régimes spéciaux.



On en a aussi vu qui manifestaient VRAIMENT pour les retraites. Heureusement que les plus motivés sont là.

Vidéo : battre le pavé à Lille

Ils étaient près de 5 000 à manifester hier à Lille, et autant dans le reste du Nord-Pas-de-Calais, pour défendre les régimes spéciaux des retraites. Fumigènes, drapeaux et chansons s'égrènent tout le long du cortège, parti à 14h de la porte de Paris, sous le soleil et dans une ambiance plutôt bon enfant.


Les manifestants sont dans la grande majorité des fonctionnaires: salariés de la SNCF, d'EDF ou encore employés de mairie. Mais, à la surprise de nombreux syndicalistes, les employés du privé sont aussi venus. Tous ne défendent qu'une seule et même chose : une retraite "décente". Par solidarité, les retraités battent le pavé aux côtés des grévistes, comme Annie, retraitée et adhérente du Parti communiste. Elle est venue soutenir « les futurs retraités ». Elle explique comment financer les retraites, au micro d’Alix Froissart.

La manifestation prend de l'ampleur du côté de la rue de Paris. Certains syndicalistes s'enflamment pour la cause et, partis dans leur argumentation, décrédibilisent le mouvement de milliers d'autres, en réclamant un véritable retour en arrière. Ce retraité qui a cotisé "40 ans" est venu ici pour que "tout le monde ne travaille plus que 37 ans et demi".


Une manifestation hétéroclite donc, mais finalement plutôt bien suivie. Les différents syndicats ne se sont pas marché sur les pieds à Lille, et chacun a pu réciter son petit discours. Plus haut sur notre blog, d’autres témoignages de manifestants.

Les retraités manifestent mais gardent la pêche

Cette semaine, c'est la semaine du goût. Et les mouvements sociaux semblent prendre un malin plaisir à jouer de cette actualité culinaire.

Hier, les régimes spéciaux étaient au menu, aujourd'hui dans les assiettes : la revalorisation des pensions pour les retraités. Tous se demandent à quelle sauce ils vont être mangés.

A Lille, ils étaient environ 300 retraités à déplorer la baisse apparente de leur pouvoir d'achat. Symbole de la vie chère pour un manifestant : la pêche melba !

Brève de grève

La grève, pour les manifestants, cela ne consiste pas qu'à se prélasser au salon de thé, comme le prouvent ces propos forts.

La manif' en dessins

La grève d'hier a fait beaucoup parler. Petit tour du web des caricatures, pour prouver pour qu'on peut rire d'autre chose que de Nicolas et Cécilia.

Jetez un coup d'oeil à notre portfolio.

La France, championne d'Europe des grèves

Paradoxe français : nous sommes le pays développé le moins syndicalisé mais qui fait le plus grève. Avec seulement 8% de salariés membres d'un syndicat, la France arrive en tête du palmarès des pays européens grévistes. (Lire aussi l'article sur le regain des adhésions en France)
Par comparaison, les taux de syndicalisation de nos voisins sont bien plus élevés : 91% en Suède, 80% au Danemark et 32% au Royaume-Uni. Pour autant, ces pays ne sont pas des adeptes de la grève.

Top ten des pays européens grévistes

PAYS - - - - - - - - 1995 - - - - - - - - 2001

1. France - - - - - - - - 5 883 200 - - - - 1 807 250
2. Espagne - - - - - - - -1 457 100 - - - - 1 802 360
3. Italie - - - - - - - - - 909 300 - - - - - 1 005 430
4. Royaume-Uni - - - - - 414 700 - - - - - 525 100
5. Belgique - - - - - - - - 100 200 - - - - - 142 620
6. Irlande - - - - - - - - - 130 300 - - - - - 114 610
7. Finlande - - - - - - - - 869 420 - - - - - 60 650
8. Danemark - - - - - - - -197 310 - - - - - 59 500
9. Pays-Bas - - - - - - - - 691 480 - - - - - -45 100
10. Portugal - - - - - - - - 62 870 - - - - - -41 480

En nombre de journées individuelles non travaillées. Exemple: vingt salariés participant à un conflit de 5 jours comptent pour 100 jours de grève.
Source : Eurostat, 2001.


La grève massive et unitaire de 1995, contre la réforme Juppé de la Sécurité sociale, qui avait paralysé la France pendant plus d'un mois, est encore dans tous les esprits. A l'époque, ce sont surtout les fonctionnaires qui avaient protesté.

Cette tendance à la grève dans la fonction publique est en hausse. Dans le même temps, la mobilisation semble faiblir dans les entreprises privées. En 1982, le nombre de jours de grève des fonctionnaires représentait 5% du total des grèves. Aujourd'hui, il se monte à 62%.

Un droit de grève différent selon les pays

Même là où il est autorisé, le droit de grève n'est pas toujours total. Certaines professions sont astreintes à un service minimum. En France, c'est le cas des militaires, policiers, magistrats, du personnel médical, du contrôle de la navigation aérienne et des centrales nucléaires. En Espagne, c'est le cas des transports et de l'enseignement.

Mais en Allemagne et au Danemark, le droit de grève est encore plus limité : les fonctionnaires n'y ont pas droit, en contrepartie de la sécurité de l'emploi.

Quant aux motifs de la grève, ils sont plus ou moins largement acceptés. La Grande-Bretagne et l'Allemagne ne tolèrent pas les grèves à caractère politique. En Espagne, seuls les mouvements défendant l'intérêt des travailleurs sont permis. En France, les grèves peuvent être motivées par des revendications professionnelles et/ou politiques.

Paroles de manifestants


Avides de sang neuf


Drapeaux colorés, badges criards et ballons qui flottent au-dessus de leurs troupes, autant de façons pour les syndicats d'afficher leur identité, de se distinguer au milieu de la foule des manifestants. Du vert pour Sud Rail, du rouge pour la CGT, un mélange de couleurs pour le SNES... L'influence de chacun se mesure à l'aune de la vague de couleur.

Des artifices qui ne parviennent pourtant pas à masquer le manque de représentativité des syndicats français. Notre pays, avec seulement 8% de salariés syndiqués, n'arrive pas à la cheville de la plupart des pays européens en termes de taux de syndicalisation. Dans la fonction publique, 15% des salariés sont affiliés à une organisation syndicale. C'est trois fois plus que dans les entreprises du secteur privé.

Mais selon un rapport de la Dares (Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques) (doc Pdf) daté de 2004, le recul des syndicats, aurait été endigué depuis le début des années quatre-vingt dix. Certains parlent même d'un renouveau du syndicalisme, comme Vincent Delbarre, secrétaire général Union locale CGT de Lille.

L'interview de Vincent Delbarre

Un mouvement aussi mobilisateur que celui du 18 octobre devrait donc apporter un peu de sang neuf parmi les syndicalistes.

jeudi 18 octobre 2007

Dis-moi dans quel groupe Facebook tu es...

Le site communautaire Facebook n'est pas épargné par le conflit social. Des groupes spéciaux sont nés, les clans peuvent s'affronter. Virtuellement.



Pour ceux qui ne sont pas encore contaminés par la déferlante Facebook - ce site communautaire un brin inutile mais tellement addictif - un petit préliminaire s'impose. A vous autres réfractaires, sachez que ce site n'est pas qu'un moyen d'afficher ses photos de vacances, son statut sentimental, ses goûts musicaux ou encore son nombre d'amis. Car, non, Facebook n'est pas futile. C'est un moyen d'afficher ses convictions.

Vous aimez les sushis ? Vous voulez adhérer à la fédération française de chat-bite ? Vous êtes fans de Pierre Mauroy ? Vous rêvez de faire des jeux de mots débiles sur les noms des gens? Alors, vous trouverez votre bonheur. Car tous les utilisateurs de Facebook sont des gens engagés. Et l'effervescence sociale d'aujourd'hui a suscité la création de nombreux groupes. Et la bataille fait rage.

Petit tour d'horizon des groupes créés pour l'occasion (et des rapports de forces !) : (pour avoir accès à tous ces groupes, vous devez vous inscrire sur Facebook)
  • "Contre la grève RATP du 18 octobre" (le groupe de "tous ceux qui ont envie de casser la gueule de tous les grévistes car ils t'empêchent d'aller bosser") Nombre de membres : 139. Le top du commentaire : "Bon courage à tous ceux qui, comme moi, vont se GA-LE-RER. AAHH AAHHHH"
  • "Contre ceux qui sont contre la grève du 18 octobre" ("Parce que se battre pour ses acquis n'est pas encore un crime, parce que vouloir vivre mieux n'est pas encore un crime, parce qu'on ne construit pas une société en rognant sur les intérêts des gens de peu, parce que...") Nombre de membres : 20. Le top du commentaire : "On va crever tous les anti-grévistes! On les pendra avec les tripes des notaires le soir du grand soir!"
  • "CONTRE la grève du 18 Oct & POUR la réforme des Régimes Spéciaux "("On bafoue la légitimité du pouvoir en place qui est pourtant bien plus importante que celle des syndicats et on piétine également le suffrage universel. Au nom de quoi ? au nom du maintien d'un avantage acquis et d'une inégalité sociale ...") Nombre de membres : 50. Le top du commentaire : "JE HAIS CES ENCULES DE FONCTIONNAIRES DE MERDE !!! QUI FONT CHIER 59.990.990 MILLIONS DE PERSONNES EN FRANCE AVEC LEUR GREVE DE POURRITURE COMMUNISTE !!!!!! C'EST CLAIR ???"
  • "Pour la grève du 18 Octobre ! " ("Parce qu'il y en a marre des gens qui sont contre toutes les grèves !!!") Nombre de membres : 28. Le top du commentaire : "Par une belle journée d'automne comme celle-ci, ce fut un plaisir de marcher jusqu'au travail. Vive la grève !"
  • Cette liste n'est pas exhaustive. Mais la palme du groupe le plus mobilisé est attribuée à "Contre la grève du 18 octobre" ("Ce groupe est pour tous ceux qui sont contre la grève du 18 octobre et pour l'alignement des régimes spéciaux sur le régime général. Organisons un mouvement contre cette grève pour prouver aux syndicats qu'ils ne sont pas du tout soutenus par l'opinion publique.") Au dernier comptage de 17h47, le nombre de membres s'élève à 7350. Victoire par KO des anti-grèves. Sur Facebook en tout cas.

Pas de journaux chez Bolloré

Un article du site Rue 89 souligne l'absence aujourd'hui des journaux gratuits du groupe Bolloré, Matin Plus, Direct Soir et Bretagne Plus.
Serge Nedjar, directeur général du Pôle presse du groupe, a justifié cette non-parution : "Nous ne pouvons compter sur des équipes complètes du mercredi 17 au vendredi 19 octobre. Pour ces raisons, nous nous trouvons dans l'impossibilité de vous livrer vos pages pour vos éditions du jeudi 18 et du vendredi 19 octobre."

"Déni d'information"

Pourtant, le site Internet note que tous les quotidiens français, dont les autres gratuits, ont pu faire paraître leurs journaux.
Cette décision est d'autant plus étrange qu'en temps de grève, les usagers lisent beaucoup la presse.
En coulisse, certains parlent d'un "déni d'information".
Apparemment la grève plus le divorce de Nicolas Sarkozy, ça faisait un peu trop de publicité à l'ami du président de la République.

Le Nord s'est bien mobilisé

Quatre manifestations se déroulaient dans le Nord aujourd’hui, à Douai, Valenciennes, Lille et Dunkerque.


Dans la matinée, environ 800 personnes se sont rassemblées dans les rues de Douai et de Valenciennes. A Douai, 70% des cheminots étaient en grève, et 50% du personnel chez EDF et GDF. Les transports en commun n'ont pas été épargnés par ce mouvement de grogne. Le trafic a été fortement perturbé toute la journée, 80% des employés de la TUD (Transport Urbain Douaisis) ayant cessé le travail.

Dans les rues de Valenciennes, des retraités et des employés issus d'entreprises privées ont rejoint les grévistes des secteurs des transports, de la construction et de la fonction publique.

Une grande manifestation s'est tenue à Lille à 14h, porte de Paris. La CGT estime que le défilé a réuni plus de 5 000 manifestants dans la capitale des Flandres. A Dunkerque, quelque 1 500 personnes ont battu le pavé à Dunkerque en milieu d'après-midi.

Prochaine étape: le régime général

Dans la région Nord-Pas-de-Calais, 78% des cheminots étaient en grève aujourd’hui selon les syndicats.

Pour Martine Debels, responsable de l’activité revendicative de la CGT Nord, la réforme des régimes spéciaux est l'arbre qui cache la forêt. Le gouvernement ne va pas s’arrêter là et compte bien s'attaquer prochainement au régime général.
Ecouter cette interview.

Manifeste pour manifestant : la banderole

Manifester, ce n'est pas donné à tout le monde.

Pour être un bon manifestant, il ne suffit pas de sortir bougon de chez soi, de claquer la porte en grognant, de pester durant les cinq étages qui vous séparent du rez-de-chaussée et de sortir haineux, toutes vocalises dehors, pour hurler des slogans paillards.

Pour être un bon manifestant, il faut d'abord être organisé !

Pour revendiquer le plus clairement possible, il est utile de choisir une banderole adaptée à son discours revendicatif.

Là par exemple, le badaud lambda pourrait ne pas identifier clairement l'idéologie et l'horizon d'attente du manifestant surmonté d'une bannière un brin déroutante.

Attention aussi à ne créer des banderoles que lorsque la colère le nécessite. Genre colère saine. Si le thème du défilé ne suscite qu'un agacement fugace voire engendre carrément la bonne humeur, autant être clair : le plus souvent, cela ne donne rien de bon.

A droite, l'exemple d'un manifestant heureux. Résultat : trop de couleurs et de joie brouillent l'efficacité et la perception du message originel.

Il va de soi qu'il faut choisir avec goût et intelligence la matière de ladite banderole. Privilégiez toujours un tissu résistant et agréable à l'oeil.

Ne commettez pas l'erreur de ces jeunes vengeurs masqués ci-dessous, pensez à repasser vos banderoles si celles-ci ont été fabriquées à partir du drap de lit de grand-maman.



Force est de constater que sinon, l'effet peut s'avérer contre-productif et l'anonymat contre lequel on croit lutter se révèler plus profond encore.


Un dernier conseil sur la mise en mots de l'espace banderolique. N'hésitez pas à appelez vos camarades en renfort afin de ne pas battre le pavé tout seul. En clair, allez-y entre amis - au besoin, promettez leur un canon.

N'oubliez pas : l'union des manifestants fait la force syndicale.

Mobilisation : le tour de France en chiffres

A Paris, la manifestation est partie en début d'après-midi, direction la place de la Bastille. Le cortège a réuni quelque 25 000 personnes selon la CGT.
Mais dès ce matin, de nombreux rassemblements ont eu lieu un peu partout en France. Premier bilan.

Marseille : quelques-uns des 50 000 ou 7 200 manifestants, ce matin

Marseille, ou l'importance des chiffres. 7 200 selon la police, 50 000 selon les syndicats. Qui croire ? Sans trop se mouiller, on va dire 28 600 manifestants sur la Cannebière.

Dans le Sud-Est, la police annonce 2 500 personnes à Avignon, 1 500 à Toulon, 700 à Montpellier et 2 400 à Perpignan.

En Corse, deux manifestations ont eu lieu à Bastia et Ajaccio, avec environ 250 personnes chacune, selon la CGT, (43 selon la police, non j'déconne).

Dans le Sud-Ouest, 1 800 personnes ont manifesté à Tarbes (2 400 selon les syndicats).

Dans l'Ouest, les syndicats ont compté 10 000 manifestants à Nantes (4 500 selon la police).

En Bretagne, le match chiffres policiers contre chiffres syndicaux bat son plein. 2 000 personnes (syndicats) contre 800 (police) à Brest, plus de 1 500 (police). A Rennes, ils auraient été plus de 5 000 (2 600 selon la police)

Dans le Centre, 2 000 personnes ont parcouru les rues de Limoges selon la police (6 000 selon les organisateurs), un millier à Brive (police) et 2 000 selon les organisateurs, ainsi que 1 300 à Bourges (police) et 2 200 selon les syndicats. A Tours, la police a dénombré 3 500 personnes et les syndicats 5 000.

Voilà, c'est tout pour le moment, mais le match continue pour la grande finale, à Paris. Qui aura le dernier chiffre?

Vélib': une grève peut en cacher une autre

Des bornes Vélib' vides. La conséquence de la grève des agents de maintenance de Cyclocity.

Depuis l’invention du Vélib’, une grève des trains, ça peut cacher une grève des vélos. A Paris, les salariés de Cyclocity, la filiale de JCDecaux chargée de la gestion des Vélib’ ont décidé de profiter de la grève contre la suppression des régimes spéciaux de retraite pour protester contre tout à fait autre chose, à savoir leurs conditions de travail.

Dommage pour l’entreprise prestataire, qui comptait bien mettre les bouchées doubles, en augmentant de 30% le nombre de ses collaborateurs pour assurer la maintenance et la régulation des vélos. Le 12 octobre 2006, jour de grève partielle dans les transports publics, plus de 30 000 Vélo’v (l’ancêtre des Vélib’) avait été loués à Lyon.

Reste que les Franciliens convertis au cyclisme de location ont dû se lever de bonne heure, ce matin, pour pouvoir espérer pédaler. Avis aux petits malins qui auraient eux la sacrée bonne idée de garder leur Vélib’ rien que pour eux toute la journée : les agents de maintenance seront sans pitié pour les cadenas. Pour tous les autres, il reste le Piélib’. Pour l'heure, les baskets n'ont annoncé aucun mouvement de grève.

Portfolio : on ne veut pas de votre régime !



Plus d'un millier de manifestants ont défilé dans le centre de Lille jeudi pour protester contre le projet de suppression des régimes spéciaux de retraite.
Toutes les photos de la manifestation

Portfolio et sons: Les cégétistes se préparent à la gare Lille Flandres

Ce matin, les syndicalistes de la CGT tenaient le piquet de grève dès 5h du matin à la gare Lille Flandres. Rien de tel qu'un barbecue pour motiver les foules avant la grande manif de l'après-midi !

Retrouvez toutes les photos de leur barbec'... et de la gare terriblement déserte.

Et on écoute Thierry Blavout, contrôleur SNCF et secrétaire CGT des cheminots de Lille.

Et, en photo, le parfait attirail du syndicaliste, prêt à faire vivre un "octobre rouge" à Nicolas Sarkozy.

Reportage : Quand les profs ne sont pas là, les lycéens glandent


Jeudi, 10h30. A cette heure-là, tous les lycéens lillois devraient être en cours. Pourtant, des floppées d'élèves, réunis en bande, traînent aux abords du lycée Fénelon. Ils profitent de l'absence de leurs professeurs grévistes pour prendre l'air.

De la seconde à la terminale, les emplois du temps des lycéens sont clairsemés et les heures de perm' se multiplient (notre micro-trottoir). Martin et ses copains regrettent juste de ne pas être mieux informés sur les profs absents (notre interview de Martin).

Trouver à s'occuper

Pour meubler ces temps morts, chacun sa tactique : certains squattent leur QG préféré, d'autres se lancent dans une expédition shopping.

Rares sont ceux qui mettent à profit ce temps libre pour travailler. Ayoub tente de jouer l'élève modèle (notre interview d'Ayoub) : en vain... Seul Anthony se montre studieux. Il a choisi d'aller répéter un Impromptu de Schubert (le morceau interprété par Anthony) dans la petite salle de piano du lycée Fénelon.

En coulisse, la direction ne souhaite pas commenter ce mouvement mais elle essaie de maintenir "un fonctionnement normal" : "La règle de base, c'est qu'aucun professeur n'est tenu de se déclarer comme gréviste mais la plupart préviennent les élèves pour atténuer les conséquences. Au fur et à mesure, on fait des annonces ou des affichages pour informer les étudiants", explique Florence Delannoy, le proviseur du lycée Fénelon.

Kate est professeur d'anglais. Elle a choisi de ne pas faire grève aujourd'hui : "Pour moi, c'est la journée des autres. Je ne voulais pas que nos revendications soient noyées dans la thématique des régimes spéciaux de retraite."

Aux dernières nouvelles, sur les 70 professeurs de l'établissement, 16 ont fait grève. Deux agents Atos ainsi qu'un assistant d'éducation manquaient également à l'appel. En tout, à 15h, l'académie de Lille comptait près de 10,5% de grévistes chez les enseignants et 7,20% chez les personnels administratifs.

Demain, tous devraient reprendre normalement le chemin de l'école.

Rappel : les revendications des profs

Les professeurs ne bénéficient pas d'un régime spécial de retraite mais ils appellent à la grève pour défendre le service public de l'éducation. Les syndicats (SNES et FSU, principalement) dénoncent les suppressions de postes chez les fonctionnaires, l'alourdissement de la charge de travail et les modifications de la carte scolaire.

Le Monde prend position


Lu dans Le Monde du 17 octobre : "La France s'est réveillée ce matin aux prises avec une grève. Non qu'en ce pays on en soit encore à s'étonner ou à s'indigner d'une grève, fut-ce dans les services publics, où celle-ci couvait depuis plusieurs mois. [...] La France est un pays qui préfère aujourd'hui s'accommoder de ses maux plutôt que d'avoir le courage d'en supporter les remèdes."

Cette fois, le quotidien vespéral s'est vraiment lâché. Par contre, c'était il y a cinquante ans, le 17 octobre 1957, lors d'une grève des transports publics (voir photo ci-contre).
Cet après-midi, Le Monde a sobrement écrit : "La réforme des régimes spéciaux de retraite est devenue inéluctable. Avoir défini un objectif ne dispense cependant pas M. Sarkozy d'agir avec souplesse dans les négociations d'entreprise pour tenir effectivement compte des spécificités des régimes spéciaux, où la retraite avantageuse est souvent compensée par des astreintes dures et des salaires bas. Les métiers pénibles y existent encore, et il ne faudrait pas seulement les prendre en compte dans le privé et les occulter à la SNCF ou à EDF. Enfin, il faut se garder absolument de stigmatiser les salariés de ces régimes comme s'ils étaient des nantis. L'équité ne va pas sans respect de la cohésion et de la justice sociales."

Source : http://christophecourtois.blogspot.com/

Positive ta grève !

On peut se réjouir de la grève! C'est ce que propose un groupe du site communautaire Facebook, qui propose dix raisons de se réjouir de la grève.

Entre autres : vous pouvez poser un RTT alors que vous avez plein de boulot de retard, vous aurez un sujet de discussion à midi, et vous découvrirez que la ville qui est au dessus du métro est agréable.

Pour d'autres, la reconduction au vendredi offre des perspectives de week-end de quatre jours. Le problème reste qu'il sera difficile de prendre le train pour en profiter.

La révolution à Lille ?

Fumigènes, sifflets et drapeaux, des allures de barricades en plein centre de Lille.

Le chant des partisans succède à l'internationale. Les hauts-parleurs vocifèrent. Les drapeaux sont rouge vif et vert pelouse. Comme à chaque manif, les syndicats recréent la révolution.

La mairie (presque) en flammes

L'internationaaaaaaale sera le genre humain


Brouillard de fumigène au départ de la manifestation


Revue de presse : la grève vue d'Allemagne et d'Angleterre

En Allemagne

A la une de Focus : la grève et les bouchons. Mais des bouchons locaux. Des bouchons bien allemands. Pas un mot sur les perturbations françaises du jour.

Ces belles files de voitures roulent au pas dans tout le pays, d'Hambourg à Munich, loin du périf' parisien.
Les syndicats des conducteurs de train en sont à leur troisième grève en deux semaines. Ils réclament 30% d'augmentation de salaires.

Le Spiegel, quant à lui, n'oublie pas qu'en France aussi, la circulation est souvent délicate aujourd'hui. Allant jusqu'à parler de "chaos attendu au sein des transports", il souligne qu'il s'agit de la première grande épreuve de force entre les syndicats et le président Sarkozy.

Comme le Zeit, le Welt se tourne vers 1995, date de la dernière grande union syndicale. Il rappelle que plusieurs semaines de manifestations étaient venues à bout du Premier ministre, Alain Juppé, et de sa réforme.

Une méthode: le dialogue

Selon le Welt, cette journée de grève est capitale, de son issue dépendrait "le destin de la réforme toute entière". Si Sarkozy devra laisser une place au dialogue, les syndicats eux-aussi devront s'adapter à la méthode du nouveau Président, pressent le quotidien allemand.

Une bonne nouvelle en tout cas pour les partisans de l'Europe : l'union des grèves semble en bonne marche !

Chez nos amis anglais

Nos voisins d'outre-Manche suivent aussi les mouvements sociaux qui se déroulent aujourd'hui en France.
Dans The Independent, on parle de "menace de chaos". Et on s'inquiète de la prolongation des perturbations sur le réseau de transports pour une raison légitime : "Certains syndicats appellent à reconduire la grève vendredi, voire samedi, alors que les supporters de l'équipe anglaise de rugby tenteront de rejoindre Paris pour la finale de la Coupe du monde"...

Même angoisse rugbystique du côté de la BBC, qui s'intéresse aussi aux Vélib, pris d'assaut par les Parisiens. Mais l'information française la plus mise en valeur sur leur site reste l'annonce du divorce présidentiel.

Quant au Guardian, il a choisi de donner la parole à des usagers en colère : "Les syndicats vont trop loin. Ils sont nombrilistes". Tout en reprenant les propos de Christine Lagarde qui "tente de changer la mentalité des Français vis-à-vis du travail". Mais le quotidien n'oublie pas de conclure sur l'échec de la réforme d'Alain Juppé en 1995...

Une chose est sûre, la presse anglaise aura les yeux rivés sur les grèves françaises... au moins jusqu'à la fin de la Coupe du Monde.

Vidéos : grévistes en folie

Besoin de décompresser après une journée galère ou juste envie de rigoler ?

Petite compilation de vidéos humoristiques sur les grévistes.
Il y a environ dix ans (eh oui déjà), les Inconnus avaient concocté un sketch sur les syndicalistes de la CGT. Aucune ressemblance avec la réalité bien sûr.


Quand les intermittents n'arrivent pas à se faire entendre, rien de mieux qu'une manifestation postiche.


A l'approche de l'an 2000, Gad Elmaleh et Jamel Debbouze ne sont pas contents, mais alors pas contents du tout.



Marre de devoir vous habiller pour enfourcher votre vélo ? Pas d'inquiétude, vous n'êtes plus tout seul. Les défenseurs du cyclonudisme vous accueilleront chaleureusement dans leur manifestation.


D'autres sont des manifestants très sérieux. Ils ont juste un peu de mal à exprimer leur point de vue.

Reportage : aujourd'hui, c'est sandwich ou frites ?

A cause de la grève, les cantines de Lille sont fermées. Entre pique-nique et improvisation, les parents s'organisent.

"Ca fait une semaine qu'on est prévenu alors ça va, je me suis organisé". Devant l'école primaire Pasteur, dans le centre de Lille, Samuel attend son fils, Loïs-Elie. Il est 11h30 et la cantine ne fonctionne pas aujourd'hui. Samuel ne travaille que l'après-midi, alors il a pu récupérer son fils. RTT, grève ou congé, les parents ont dû se débrouiller pour nourrir leur progéniture.
Les cantines de Lille ne sont que 12 à fonctionner sur 40. Les parents sont priés de venir chercher leurs enfants ou de leur donner un pique-nique. "Et si jamais ils ont oublié leur sandwich, on a prévu des paniers-repas, on ne va quand même pas les laisser mourir de faim !" assure-t-on du côté de la mairie.
Le nombre de parents grossit devant la porte de l'école. Ils restent plutôt zen. A Pasteur, ils se sont organisés pour venir chercher les enfants, à tel point qu'il n'y a qu'une seule élève qui reste pique-niquer.

Punition : les patates
Smina attend son fils Alexis, élève en CM1. Comme elle n'a pas eu le temps de cuisiner, ce sera nouilles chinoises ce midi : "Vous voyez, c'est tout simple, on verse de l'eau dessus et c'est prêt. Idéal pour un jour de grève". Pour le menu, tout le monde n'est pas logé à la même enseigne. La maman de Charlotte avait prévu de l'emmener au Mac Do, "mais elle a été insupportable hier soir. La vraie punition ça aurait été la cantine. Bon, je vais lui faire un truc bien simple, des patates par exemple".
Certains parents se sont regroupés. Marine repart avec cinq copines surexcitées que sa maman a invitées à manger chez elle. Elle a déjà l'air débordé. "Bon, moi je n'ai pas le temps, je leur fais des frites." Les gamines hurlent de joie. La grève de la cantine, c'est trop chouette.

A l'école Michelet, juste à côté, les enfants ont massivement opté pour le pique-nique. Ils arborent fièrement leurs sandwiches et leur paquet de chips. Les veinards ont des canettes de soda, les moins chanceux une bouteille d'eau. Les enfants sont ravis, c'est comme des vacances. Les encadrants sont un peu fatigués. La grève de la cantine, faut gérer.

"Libé" joue la rupture contre le mouvement


Laurent Joffrin voulait un journal moins "anxiogène" (un point commun entre Nicolas Sarkozy et le nouveau Libération), pour davantage attirer les annonçeurs. Pour ne pas alerter les gens qu'ils allaient passer une très, très longue journée, Libération a donc choisi de titrer sur le divorce des Sarkozy, information commentée en long et en large hier, plutôt que sur le premier grand mouvement social depuis l'élection du président. Reléguée en manchette, la grève est ainsi annoncée : "Première épreuve pour le gouvernement". Par opposition, l'Humanité titrait ce matin : "Social : le premier choc".
Le choix éditorial est moqué par Gilles Klein, ancien journaliste de Libération passé au Monde, sur son blog "Le Phare" :

"Finalement, c’est logique, Libération avait annoncé un journal plus optimiste. Titrer sur un éventuel divorce people/politique dont les médias parlent quotidiennement depuis une semaine, c’est plus rigolo que de parler d’une grève nationale. La double page Evénement (page 2 et 3) est consacré à cette importante affaire, et le long édito de Laurent Joffrin (que j’ai connu mieux inspiré) se termine aussi de façon positive : "La rupture présidentielle présente aussi une face positive."

Page 14, vous pourrez trouver des articles sur la grève du jour. Sur le site liberation.fr, les réactions à la rupture entre Cécilia et Nicolas Sarkozy ne parlent que du choix du quotidien et de l'opportunisme de l'annonce. Citons par exemple Gabrielle :

"Et Joffrin il en pense quoi ?
Après les derniers éditoriaux de Joffrin sur la prétendue "modernité" de Cécilia et la rumeur, peste du web, je suis plus que surprise de la place accordée au couple Sarkozy ce matin, jour de fort mouvement social. C'est ça la nouvelle formule ? Moralisateur un jour et pipolissime le lendemain ?"

Et Cari, qui se fait plus menaçant :

"Rien à battre, voilà, voilà. "Libé" a fait sa Une people, tout le monde est content, en plein mouvement social, chapeau ! Après tout, c'est ça le vrai changement, non ? T'as demain encore pour te rattraper en nous faisant une super couv' de ce "jeudi social". Sinon, bye-bye ..."

Sinon, demain, il y a aussi grève, mais il y a aussi le match pour la troisième place de la Coupe du monde de Rugby. Et le sport, c'est pas anxiogène, ça.

Reportage : pour les entreprises, pas de trêve même en temps de grève

Midi moins le quart, au pied de la tour Euralille. La porte-tourniquet de verre s’ouvre sur les premiers employés en route vers le déjeuner. Eric a faim, il s’est levé à 5h ce matin. Il est venu en voiture de Saint-Quentin, et il s’attendait à être rapidement coincé dans les bouchons. « J’ai mis 2h40 au lieu de 1h15. Je suis déçu, ironise-t-il, je pensais battre mon record en faisant au moins 3h de route ».

Chez Tereos, à l’étage où se trouve son bureau, celui des informaticiens, règne un calme inhabituel. Non pas que ses collègues soient particulièrement volubiles habituellement. Mais aujourd’hui, ils ne sont que 8, au lieu de 30. « Certains ont pris des RTT « forcées », d’autres se sont arrangés pour fixer des rendez-vous près de chez eux ».

Une solution: le co-voiturage

Car à quelques centains de mètres de là, près de 5000 manifestants battent le pavé. Dans les entreprises lilloises, la grève ne semble pourtant pas avoir perturbé le travail. « On était au courant depuis un mois, donc on s’est organisé en conséquence », confie Juliette Dacunha, assistante commerciale chez Nexity. Le courrier important est parti hier soir, et le directeur, qui vient de Paris, va s’arranger pour venir en voiture ou prendre l’avion. « Il n’y a rien de fâcheux, mais c’est rageant parce qu’on perd du temps ». Grève ou pas, les salariés sont bien obligés de trouver des solutions. Chez Ag2R, un système de co-voiturage a été mis en place. « Ceux qui viennent habituellement en TER de Douai, Valenciennes, La Bassée se sont arrangés, ou ont pris des RTT ». Fréderic, informaticien chez Tereos, et habitant de Saint-Quentin, a dormi à l’hôtel. « J’espère bien ne pas m’y éterniser ».

"Pas tous la même notion de la liberté"

La grève, il ne la soutient pas. « J’ai l’impression qu’on n’a pas tous la même notion de la liberté. Ils ont le droit de faire grève, mais nous on a le droit d’aller travailler ! » Parmi les employés de la « tour », rares sont ceux qui prennent parti en faveur du mouvement social. Sylvette, l’hôtesse d’accueil du centre d’affaires, comprend que les trois quarts des employés des services de comptabilité de la SNCF – 140 d’entre eux travaillent dans les bureaux de la tour – soient allés manifester, ne serait-ce que par solidarité. « Mais je ne vois pas pourquoi on considèrerait qu’un employé de bureau de la SNCF est plus fatigué derrière son écran que moi derrière le mien. Que les contrôleurs et conducteurs partent en retraite plus tôt, d’accord. Les autres peuvent bien travailler jusqu’à 60 ans ».

Cécilia en grève


Sarkozy a de plus en plus d'admirateurs, qui battent le pavé à Lille. Solidarité avec l'ex-épouse du président ?

Mauvaise coïncidence : la Fête de l'entreprise est organisée aujourd'hui!

Certains battent le pavé, d'autres travaillent... et en plus, ils aiment ça. Le calendrier a eu l'heureuse idée de réunir dans la même journée la haine du projet de prolongement du temps de travail et l'amour du travail en entreprise.

A l'origine de cette rencontre improbable : Sophie de Menthon, présidente de l’association ETHIC (Entreprises de taille humaine indépendantes et de croissance) et son concept : "J'aime ma boîte".

Pour la cinquième année consécutive, le 3e jeudi d'octobre est ainsi consacré à la fête de l'entreprise.

L'initiatrice s'explique : "l’idée est simple : toutes les manifestations sont en général négatives (contre les patrons, ou contre le gouvernement) et rarement positives (cela arrive, comme les manifestations de 84 pour la liberté scolaire). Mais pourquoi ne pas avoir des manifestations positives pour dire ce que l’on apprécie ?"

Ben oui, pourquoi ? Et pourquoi ne pas pousser le vice à initier nos chers enfants à ce futur bonheur ? Sophie de Menthon et son collier en pinces à linge nous parlent d'éducation :


Sophie de Menthon : l'entreprise expliquée aux enfants


Au niveau des festivités, il s'agit pour l'entreprise d'organiser au minimum un petit-déjeuner convivial. Selon nos sources, à la SNCF, les wagons-restaurants n'auraient pourtant pas été pris d'assaut par une armada de collègues prêts à hurler leur amour de la vie sur rail, un trémolo dans la voix et un croissant chaud à la main. Espérons que l'initiative remporte un plus grand succès l'an prochain.

En exclusivité, découvrez vous aussi ce qui vous fait aimer votre boîte.

En quête de trains...

En fin de matinée, Stéphanie et Annabelle, 20 ans, sont venues pointer le bout de leur nez, gare Lille Flandres, dans l'espoir de trouver un train. Pas facile en ce jour de grande galère.

Ecoutez notre interview des usagers de la SNCF entre découragement et compréhension.

La SNCF, un train d'avance sur le Net

L'entreprise ferroviaire est la deuxième entreprise la plus citée sur Internet après TF1. Bien souvent à son désavantage.

Depuis 2005 et la circulation virale d'un mail dénonçant les avantages indécents des agents de la SNCF qui avait eu un succès très rapide, l'entreprise a mis en place un système de veille destiné à soigner son image sur la toile. Un logiciel surveille une liste de blogs, de forums, de webzines susceptibles de parler d'elle. La première mission de la SNCF a été de plomber ce mail qui n'était qu'un hoax de désinformation de plus.

« Nous avons décidé de réagir et d'informer les internautes en transmettant au site hoaxbuster.com toutes les informations, chiffres à l'appui, qui démentaient point à point toutes celles véhiculées par ce mail », commente Céline Sibert, directrice des stratégies de crise de la SNCF. Des mesures qu'elle a accompagnées d'une plainte en diffamation devant la justice et qu'elle a relayées sur le site de l'entreprise.

Le hoax s'attaquait notamment aux régimes spéciaux des conducteurs, leur attribuant une prime de charbon qui n'existe plus, des salaires doublés et une semaine de 25 heures. A chaque grève, ce document repasse par vos mails. A chaque grève, cela demeure de la désinformation.

Source : Le Journal du Net