Aujourd'hui, première épreuve sociale pour le tandem exécutif. Alors que la mobilisation est massive du côté des syndicats, le gouvernement affiche sérénité et détermination pour cette journée test. "Réformer tranquillement mais fortement". Voilà le mot d'ordre de Nicolas Sarkozy, lancé mardi à Bordeaux. Tout un symbole, puisqu'il rencontrait Alain Juppé, le dernier à avoir essayé de réformer les régimes spéciaux de retraite. "Droit dans ses bottes", le Premier ministre de l'époque avait fini par céder face à la pression de la rue et des syndicats... Mais la "rupture" du président de la République passe aussi par cette volonté de ne rien lâcher. Surtout en matière de réforme des retraites, une de ses promesses de campagne.
Sérénité et détermination sont donc au programme. Une confiance en soi qui en deviendrait presque arrogante. Pour preuve, la une du site du Premier ministre ne fait même pas état de cette journée de mobilisation générale. Idem sur le site de l'Elysée : pas une allusion en page d'accueil. Une journée banale du côté des palais de la République ? Et pourtant, dehors, c'est l'union sacrée des syndicats qui ont tous appelé à la grève. Un "jeudi noir" qui, pour l'instant, laisse l'exécutif de marbre, malgré quelques déclarations d'ouverture. Le ministre du Travail Xavier Bertrand s'est dit "prêt à recevoir les syndicats la semaine prochaine."
Oui aux discussions, non aux modifications ?
Ce pas vers la discussion semble pourtant tout relatif : François Fillon est "prêt à des négociations sur les modalités de la réforme"... "mais pas sur le fond". Une vision de la négociation qui n'est pas sans rappeler le bon mot de Michel Audiard : "la dictature, c'est "ferme ta gueule", la démocratie c'est "cause toujours!""... L'argument du Premier ministre pour défendre ce mode opératoire quasi-unilatéral ? "Cette réforme est juste, notre volonté est de la mener à bien." Et Xavier Bertrand enfonce le clou en parlant d'une des "réformes les plus populaires et les plus attendues à droite et au sein de l'UMP". Quitte à ce qu'elle se fasse dans la douleur. Ce qui est sans doute le cas de toute "rupture".
Le président de la République veut rompre avec un système de retraite inadapté aux conditions d'aujourd'hui. Mais aussi rompre avec la peur de la "rue". Et d'accuser les responsables précédents par la voix de Laurent Wauquiez, porte-parole du gouvernement : "Ce mouvement est le signe que nous menons des réformes difficiles, qui n'ont pas été faites depuis vingt ans faute de courage politique". Autrement dit, le président Sarkozy entend bien montrer qu'il n'est pas du genre à se laisser prendre en otage par les syndicalistes.
En attendant la suite...
Car ce projet est important pour le gouvernement, tant sur le fond que pour la forme. Si l'exécutif craque lors de ce premier test, il aura plus de mal à faire passer ses prochaines décisions. N'oublions pas qu'après les régimes spéciaux, le gouvernement va démarrer une autre réforme, celle du régime général des salariés qui devront accepter de passer à 41, puis 42 ans de cotisation.
Aujourd'hui, le pouvoir prône "l'écoute". Mais sans préciser si les revendications seront entendues. Dans ce bras de fer qui commence, reste à voir de quel côté on tiendra le plus longtemps...




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