jeudi 18 octobre 2007

Reportage : pour les entreprises, pas de trêve même en temps de grève

Midi moins le quart, au pied de la tour Euralille. La porte-tourniquet de verre s’ouvre sur les premiers employés en route vers le déjeuner. Eric a faim, il s’est levé à 5h ce matin. Il est venu en voiture de Saint-Quentin, et il s’attendait à être rapidement coincé dans les bouchons. « J’ai mis 2h40 au lieu de 1h15. Je suis déçu, ironise-t-il, je pensais battre mon record en faisant au moins 3h de route ».

Chez Tereos, à l’étage où se trouve son bureau, celui des informaticiens, règne un calme inhabituel. Non pas que ses collègues soient particulièrement volubiles habituellement. Mais aujourd’hui, ils ne sont que 8, au lieu de 30. « Certains ont pris des RTT « forcées », d’autres se sont arrangés pour fixer des rendez-vous près de chez eux ».

Une solution: le co-voiturage

Car à quelques centains de mètres de là, près de 5000 manifestants battent le pavé. Dans les entreprises lilloises, la grève ne semble pourtant pas avoir perturbé le travail. « On était au courant depuis un mois, donc on s’est organisé en conséquence », confie Juliette Dacunha, assistante commerciale chez Nexity. Le courrier important est parti hier soir, et le directeur, qui vient de Paris, va s’arranger pour venir en voiture ou prendre l’avion. « Il n’y a rien de fâcheux, mais c’est rageant parce qu’on perd du temps ». Grève ou pas, les salariés sont bien obligés de trouver des solutions. Chez Ag2R, un système de co-voiturage a été mis en place. « Ceux qui viennent habituellement en TER de Douai, Valenciennes, La Bassée se sont arrangés, ou ont pris des RTT ». Fréderic, informaticien chez Tereos, et habitant de Saint-Quentin, a dormi à l’hôtel. « J’espère bien ne pas m’y éterniser ».

"Pas tous la même notion de la liberté"

La grève, il ne la soutient pas. « J’ai l’impression qu’on n’a pas tous la même notion de la liberté. Ils ont le droit de faire grève, mais nous on a le droit d’aller travailler ! » Parmi les employés de la « tour », rares sont ceux qui prennent parti en faveur du mouvement social. Sylvette, l’hôtesse d’accueil du centre d’affaires, comprend que les trois quarts des employés des services de comptabilité de la SNCF – 140 d’entre eux travaillent dans les bureaux de la tour – soient allés manifester, ne serait-ce que par solidarité. « Mais je ne vois pas pourquoi on considèrerait qu’un employé de bureau de la SNCF est plus fatigué derrière son écran que moi derrière le mien. Que les contrôleurs et conducteurs partent en retraite plus tôt, d’accord. Les autres peuvent bien travailler jusqu’à 60 ans ».

Aucun commentaire: