vendredi 19 octobre 2007

CGT/CFDT : petits règlements de compte entre amis

La vieille opposition Chérèque-Thibault s'exporte aussi dans les rues de Lille.

Jeudi 15 mai 2003, 18 heures 30. En pleine bataille contre la réforme Fillon sur les retraites, les syndicats se divisent, la CFDT décidant d'apporter son soutien au texte proposé par le ministre des Affaires sociales de l'époque. Blasphème! Le front syndical est rompu. François Chérèque apparaît dès lors comme un "traître". Il s'est rangé honteusement derrière l'UMP, "et donc derrière le patronat".
S'ensuivent de terribles désillusions pour le syndicat qui clame son "réformisme": les adhésions reculent. S'effondrent même. Pour le plus grand bonheur de la CGT qui reprend du poil de la bête et obtient des résultats probants lors des élections professionnelles qui suivent.

"On les entend moins"
Quatre ans après cet épisode qui marque une rupture dans l'histoire syndicale des trente dernières années, la guerre entre syndicats se poursuit. Jusque dans les cortèges. Comme en témoigne cette confidence glissée ce matin par Jeanine, encartée à la CGT depuis 1956 et emmitoufflée dans un anorak rouge de circonstance. Un large sourire jusqu'aux oreilles, la retraitée lance un : "Ah, on les entend moins à la CFDT. Je pense qu'ils doivent se sentir mal". Au nez et à la barbe d'un groupe ... de la CFDT. Et la Cégétiste de poursuivre sa distribution de tracts d'adhésion à des passants parfois médusés de voir autant de têtes grises dans une manif.
A Lille, encore plus qu'ailleurs, on ne perd pas le Nord.

Vidéo : McDonald's ne s'inquiète pas pour ses régimes spéciaux

Vous qui confondez encore le logo du Mc Donald's et celui du métro, il y avait un moyen de faire la différence hier : au fast-food, il y avait une queue raisonnable, sur les quais du métro, une attente interminable. Pas de grève chez Mc Donald's, où l'on ne se sent pas du tout menacé par l'offensive gouvernementale sur les régimes au hamburger. Julie nous livre son meilleur régime spécial : les salades et le Coca light.

A qui profite la grève ?

Hier, mobilisation générale. La France a battu le pavé (de 150 000 à 300 000 manifestants, selon la police ou les syndicats). Mais, dans la classe politique, qui va battre le fer pendant qu'il est chaud ? Car, c'est bien connu, dès qu'il y a mobilisation, il y a récupération (ou du moins tentative)...

  • Le Parti socialiste ? Il a soutenu les syndicats dans leur contestation et "se félicite de la réussite de la grève", dixit Benoît Hamon. Mais au-delà de cette "alliance" ponctuelle entre les "travailleurs" et le PS, peut-il y avoir une récupération durable d'électeurs ? Certes, le Premier secrétaire s'est positionné contre cette réforme, mais il avoue que "ce n'est pas le rôle d'un parti politique de dicter aux organisations syndicales ce qu'il faut faire". Le PS joue donc plutôt les "deuxième ligne". En mal de victoire électorale, le parti semble tenter de s'accrocher à toutes les contestations possibles. Bref, de jouer son rôle d'opposition systématique. La stratégie sera-t-elle payante ? Pas sûr, puisque la récupération des anti-CPE en 2005 n'a toujours pas porté ses fruits...

  • Les partis d'extrême-gauche ? Très mobilisés, la LCR ou Lutte ouvrière se sont engouffrés dans la lutte sociale. Olivier Besancenot était ravi hier de "ce premier avertissement réussi". Reste à voir ce qui peut se passer une fois que les manifestants quittent la rue. Quant au PCF, ses liens ont toujours été étroits avec la CGT, n'empêche que la concurrence est rude à la gauche du PS. Les vases communicants entre CGT et son "parti-frère" ne sont plus aussi évidents qu'avant...

  • Le MoDem ? Pour François Bayrou, "le problème ne se résoudra de toute façon pas par la seule suppression des régimes spéciaux". Un peu déconnecté de l'électorat depuis sa création (!), le parti centriste ne doit pas espérer grand chose de cette mobilisation... Une réforme, oui, mais pas comme ça. Sur ce point, il se place un peu sur la même ligne que le Parti socialiste. Mais si le PS n'est pas certain de gagner quelque chose dans cette situation, que dire du MoDem...

  • Le Front national ? Jean-Marie Le Pen s'est peu exprimé si ce n'est pour contester la mobilisation :"Toute grève engagée contre des décisions politiques est illicite. Une fois de plus, les syndicats de l'archéosocialisme paralysent le pays par une grève préventive et politique". Un discours qui peut séduire les légalistes-anti-grévistes-anti-gauchistes et qui pourrait attirer si le gouvernement venait à céder face à la pression de la rue. (Encore faudrait-il que la pression dure...)

  • L'UMP ? Et si, finalement, c'était le parti majoritaire qui avait remporté la partie ? Les anti-grévistes étaient encore nombreux cette année, énervés de ne pas pouvoir se déplacer normalement à cause des "manifestants professionnels"... Et si le pouvoir refuse de laisser la rue gouverner, il pourrait bien s'attirer des nouvelles sympathies (voire piocher, une fois de plus, dans la réserve de sympathisants frontistes).

Mais peut-être qu'en politique, la grève ne sert à rien, ni personne. Même si chaque parti tente sa chance.

"Si une grève ne gêne pas, elle ne sert à rien"

Ce matin, gare Lille Flandres, les ennuis de la veille continuent...
Avec un TGV et un TER sur trois en circulation, tout n'est pas rentré dans l'ordre.

Les files d'attente pour accéder aux guichets ou à l'accueil s'éternisent. Avec, au bout de la queue, une seule question: "Mon train part-il à l'heure?"

Une fois le billet en main, direction le panneau d'affichage des départs et des arrivées. Et là, suspense...


Il est 10h58, le train de 11h03 en direction de Rouen n'est toujours pas affiché. La situation est des plus confuses. Aux guichets, les passagers ont reçu la certitude que leur train partait à l'heure. Pourtant, les usagers les plus prudents qui ont composé le 3635 reçoivent l'information contraire : le Corail serait annulé.

Alors, devant ce panneau récalcitrant à porter la bonne nouvelle, Perrine et Julie attendent avec dépit...
Verra-t-on Rouen?


Roxane et Monique attendent, enveloppées dans un fol et mince espoir. Et puis, à 11h12, le train est annoncé quai 5.
Tout le monde se précipite sur le quai. Ils attendront encore un petit quart d'heure avant d'apercevoir le cheval de fer. La merveilleuse machine.
Rouen, nous voilà.

Protester : abstention ou abstinence ?

En ces temps de manifestation, votre homme exige un service minimum ? Refusez-lui un régime spécial et faites la grève du sexe, un bon moyen de mettre la pression comme dans la rue.

Refuser de passer à la casserole, c'est un sacré moyen d'obtenir ce que l'on veut. Des cadeaux, des bisous ou de la gentillesse. De façon plus sérieuse, c'est même une arme politique. Exemple à suivre ? En Colombie, pour que leurs hommes cessent de tuer, les femmes ont décidé de rester les jambes croisées.

Mais attention, comme dans la rue, il faut très bien doser sa grève. A trop faire la grève du sexe, on risque de lasser l'autre et finalement de se retrouver divorcé rapido. Cet homme a privé sa femme de rapports sexuels pendant onze ans. Résultat : il devra payer les frais de divorce ! non mais.

En conclusion, on dose savamment les restrictions. Un peu de temps en temps, mais point trop n'en faut. Si ça vous arrive de faire pression sur votre conjoint en refusant de vous prêter aux ébats conjugaux, témoignez donc à la télévision !

Grève : guerre des chiffres, encore

On connaît la guerre des chiffres entre police et syndicats pour le nombre de manifestants. Mais la guerre existe aussi pour comptabiliser le nombre de jours de grève. Pour faire passer les Français pour d'éternels fainéants, ou pour en faire d'infatigables travailleurs malgré les conflits sociaux, il suffit d'utiliser divers indicateurs.

Nous avons déjà prouvé pourquoi la France était le plus grand pays de grévistes en Europe. Laissez-nous maintenant vous prouver pourquoi l'inverse est aussi vrai.
En effet, si l'on rapporte les chiffres au nombre de travailleurs dans le pays, on constate que la France est bien moins gréviste qu'on ne le pense.

En compilant les données des études de Robert Lecou en 2003 et de Mark Carley en 2005 (voir sources), on constate que la France est en 10e position sur 25 (donc dans la moitié qui fait le plus grève).

Elle conserve malgré tout une conflictualité inférieure à la moyenne européenne (37 journées individuelles non-travaillées pour 1 000 salariés contre 43). Il faut rappeler cependant que cette période exclut l'année 95, lorsque les Français battaient fréquemment le pavé, surtout quand il faisait froid, au lieu de battre le fer quand il est chaud.

Classement des 25 pays de l'UE par conflictualité décroissante (1998-2004)


On peut aussi consulter une étude complète sur le 20e siècle, qui ne place jamais la France en première position quelle que soit la période.


Sources :
- Carley Mark, « Évolution de la situation en matière d’actions syndicales - 2000-2004 », site internet de l’OERI (Observatoire européen des relations industrielles), 2005

- Lecou Robert, député,
Rapport d’information sur le service minimum dans les services publics en Europe, Assemblée nationale, 4 décembre 2003 (pp. 58-63, notamment)
- Synthèse réalisée par Acrimed

Photo : Au Danemark, les grèves, on adore ça aussi

Vidéo : Chez Transpole, on ne grève pas

Ce matin, les zélés contrôleurs de Transpole étaient actifs à la station République. Hier était une journée comme une autre, pas seulement parce que les métros sont automatisés, mais aussi parce que le syndicalisme n'est pas très développé du côté des agents, conducteurs comme contrôleurs. En effet, ils sont employés par Keolis, une entreprise privée leader du transport public de voyageurs en France.

Affiliés au régime général, les chauffeurs de bus, qui travaillent dans les mêmes conditions de pénibilité que ceux de la RATP, ne bénéficient pas d'un régime spécial. Ils aimeraient bien, mais un conducteur de la ligne 6 nous explique pourquoi ils ne peuvent pas.

Audio : les meilleures chansons de la manif' (mise à jour)

Comme d'habitude, les manifestants s'en sont donné à coeur joie.

Les chanteurs ne s'en sont pas tant pris au ministre du travail Xavier Bertrand qu'au président et son premier ministre.
Avec son car-sono, mention spéciale à la CGT, qui n'a pas hésité à inviter la police à donner de la voix avec les syndicalistes à la fin de cet extrait sonore.

Et vendredi, tandis que les représentants syndicaux s'affairent à la mairie, un groupe de manifestants attend sur le parvis avant de se rendre à la préfecture. A quelques pas de la porte de Paris, la camionnette aux couleurs de la CGT diffuse une succession de chants délicieusement rétro. Il faut dire que le cortège est composé exclusivement de retraités. Spéciale dédicace à Mamadou.

Et pour voir les photos de la manifestation, c'est par ici.

Les retraités emboîtent le pas aux actifs sur les pavés lillois

Quelque 300 retraités ont manifesté ce matin dans les rues de Lille. Ils réclamaient une revalorisation des pensions, limitée à 1,1 % en 2008.

"Les bas salaires c'est la galère, les basses pensions c'est la misère, 1500 euros, le mini qu'il nous faut". L'avertissement est cinglant. Il émane de retraités en colère. Des retraités qui dénoncent des conditions de vie jugées "indécentes" où il est parfois "difficile de joindre les deux bouts".

Un modèle social en danger

Pour Alain Douany, responsable des retraités de l'Unsa du Nord-Pas-de-Calais, la politique du gouvernement est une politique de "détricotage du modèle social français". Cet ancien ingénieur de la SNCF à la retraite s'indigne de l'absence de mesures concrètes en faveur des petites pensions et s'inquiète des difficultés toujours plus grandes que rencontrent les retraités dans leur quotidien.

Ecouter l'analyse d'Alain Douany.

L'après-grève en direct sur le web (mise à jour)

  • Nul doute que le cheminot cégétiste est moins sexy que Cécilia Sarkozy. Le journaliste Serge Faubert reconnaît que l'annonce du divorce du couple présidentiel en pleine manifestation est un coup médiatique réussi.
  • Des usagers de la SNCF, mécontents de la grève d'hier dans les transports, ont parodié une chanson des Village People. L'animateur Jean-Marc Morandini a rajouté les images.
  • Dans sa chronique matinale sur RTL, Christian Menanteau revient sur les conséquences économiques de la grève contre la suppression des régimes spéciaux. Un mouvement social comme celui du 18 octobre n'aurait qu'un impact très modéré sur l'économie française. Il ne faudra donc pas s'en prendre aux grévistes si les chiffres de la croissance 2007 ne sont pas conformes aux promesses de Christine Lagarde.

10 (bonnes) raisons d'aimer la grève


Vous n'avez pas pu aller travailler hier à cause de la grève ? Vous avez pesté contre les manifestants qui ont perturbé votre sacro-saint rythme métro-boulot-dodo ?
Eh bien, la prochaine fois (car, oui, il y aura une prochaine fois), ne sombrez pas dans une attitude aigrie à l'égard des méchants gauchistes. Dites-vous que, finalement, être otage des grévistes peut avoir du bon...

- Faites la grasse matinée et profitez avec bonheur de votre lit jusqu'à 13h sans culpabiliser, ce qui est un vrai luxe en semaine. Et si vraiment vous n'arrivez pas à dormir aussi longtemps, ramassez un vieux livre qui traîne, un magazine rescapé de l'été...

- Faites ce que vous n'avez jamais le temps de faire le reste de la semaine en vous disant que vous serez tranquille ce week-end (appelez votre cousine, passez l'aspirateur, réglez vos factures...)

- Adoptez la posture "un esprit sain dans un corps sain" : une petite balade en plein air s'impose (d'accord, il faut faire abstraction de la pollution...). C'est bon pour la santé et pour le moral. Et si la marche vous ennuie, prenez un vélo (sauf si tous les Vélib, et autres Vélo'V sont pris d'assaut).

- Autre solution pour vous dépenser : mettez la musique à fond dans votre appartement et dansez dans votre salon. Au choix, Mika, Lorie ou les Village People (c'est la grève, vous pouvez tout vous permettre ! Et si vous déhancher sur YMCA vous rebute, n'hésitez pas à vous déguiser pour entrer dans votre personnage!)

- Prenez le temps de vous mitonner de bons petits plats. Diététiques ou pas.

- Prenez rendez-vous chez un(e) masseur(se). Idéal pour se détendre.


- Ou, si vous habitez loin de tout, optez pour la solution à domicile : plongez dans votre baignoire, allumez des bougies, bref, savourez...

- Profitez de ce moment bien à vous pour mieux vous connaître en faisant des tests de personnalité.

- Optez pour la solution marathon-séries (vous devez bien avoir quelques épisodes de retard, non?)

- Et si le coeur vous en dit, vous pouvez toujours aller manifester. SO-SO-SO-SO-LI-DA-RI-TEEEEE.
Comme quoi, une journée de grève ça peut être bon pour le moral.

Le billet reste obligatoire

La grève, on l'a bien compris, c'est gênant pour les usagers. Ce matin, à la gare Lille-Flandres, les TGV pour Paris partaient au compte-goutte. Souvent avec au moins trente minutes de retard. Attente devant le panneau des horaires. Attente devant les guichets. Attente au point-renseignements.


Dans ces conditions, on imagine mal un contrôleur à bord des trains.
La grève pourrait donc avoir un aspect positif : la gratuité.

Mais, non, pas la peine de rêver. Après une enquête très poussée auprès des agents de la SNCF, le couperet tombe.

Plus d'indulgence

Pas possible d'échapper aux contrôleurs, même par ces temps d'agitation sociale.
Seule possibilité de resquiller : prendre un billet moins cher à un horaire qui ne correspond pas au train que vous prenez. Et oui, ils sont quand même sympas à la SNCF. Pas d'open bar, mais un peu de tolérance.